Aller au contenu principal

"Non au harcèlement & au cyberharcèlement"

L'enseignement agricole s'engage

Briser la loi du silence tel est l'objectif de la journée nationale "Non au harcèlement" qui se déroule, chaque année, en novembre.

Trop de jeunes souffrent de situations de violences et particulièrement de harcèlement qui est une préoccupation majeure pour l’école. Au-delà des cas les plus graves, on estime qu’un élève sur dix a déjà été confronté à des brimades et violences exercées par des pairs dans le cadre scolaire.

Le cyberharcèlement préoccupe clairement les adolescents, les réseaux sociaux semblent clairement identifiés comme constitutifs de la spirale du harcèlement y compris pour les plus jeunes. La lutte contre le cyberharcèlement constitue désormais un axe incontournable de la prévention, en témoigne la mise en place de numéros verts (0800 200 200) ou de plateformes dédiées, tant pour les parents que pour les enfants.

Le bien-être des élèves est au cœur de la politique éducative de l’Enseignement Agricole avec notamment la prise en compte de la question de la lutte contre le harcèlement.

La richesse des dynamiques mises en œuvre sur le terrain au plus près des jeunes concernés par toutes les formes de harcèlement est reflétée par quelques exemples suivants.

C’est par des ateliers d’écriture et la réalisation d’une vidéo que les élèves du lycée agricole La Vinadie de Figeac (46) ont été mobilisés les 13, 14 et 15 octobre derniers, dans le cadre du projet "Harcèlement et violence : pas d’accord !"

"Notre objectif est de faire que les élèves soient acteurs dans cette lutte et fassent passer des messages à leurs pairs pour éviter que le harcèlement ne se transforme pas en violence physique, verbale, sexiste. Lutter contre le harcèlement scolaire c’est aussi lutter contre la violence" rappelle Sylvie Monnet Lagrange (infirmière), chevilles ouvrière de la démarche

Grâce à des ateliers d’écriture menés avec l’association Ulysse maison d’artiste, les élèves de 3e et de 2de ont pu exprimer leur indignation et faire passer des messages à leurs pairs au moyen de deux chansons (PDF, 100 Ko). Un clip a été réalisé et a mis en image ce qui a été écrit. Ce clip sera mis sur les téléviseurs au sein du lycée mais également sur le site du lycée (https://animapole.fr/).

Le constat malheureux d’une expansion des situations de cyber harcèlement et des comportements à risques doublée d’une méconnaissance des dérives néfastes sur les réseaux sociaux, a conduit 3 enseignantes (ESC, info-doc), le CPE et l’infirmière du lycée agricole de Mirande (32) à proposer un projet de prévention, décliné sur l’année scolaire tel un fil rouge sur cette problématique du cyber harcèlement, amplifiée par les confinements de 2020 et 2021

  • 1er temps : réunion de rentrée, avec les parents d’élèves
    Lors de la réunion de rentrée avec les parents d’élèves, un diaporama (PDF, 500 Ko) a été partagé présentant plusieurs éléments clefs du cyber-harcèlement (définitions, chiffres, numéros de téléphone…) par Dominique Kalawon, infirmière, Stéphanie Pestel (professeure documentaliste) et Clément Lesbarreres (CPE). Une expo autour du cyber-harcèlement a été proposée en parallèle au CDI.
  • 2e temps : intervention de la section de gendarmerie
    En novembre, en lien avec la journée internationale de lutte contre le harcèlement scolaire, une intervention de la section de gendarmerie spécialisée dans le cyber harcèlement est programmée auprès des classes de 4è, 3è, 2ndes.
  • 3e temps fort :  semaine thématique du 31 janvier au 4 février 2022
    Destinée à toutes les classes, cette semaine commencera par un événement "choc" à savoir le placardage massif, dans des espaces choisis du lycée (patio "lieu de vie" des apprenants, cantine, couloir du bâtiment de cours), d’images d’individus jeunes auxquels les élèves pourraient s’identifier : ces images devront être représentatives des pratiques numériques des adolescents (images de soi, images d’amis, images de loisirs, images suggestives et intimes, dans des lieux privés ou dans des lieux publics). L’idée est d’établir un parallèle entre la place publique "virtuelle" des réseaux sociaux et la place publique "réelle", en l’occurrence le lycée. Il s’agit de conduire les élèves à repenser leurs pratiques numériques. Ce "happening" devrait susciter de la surprise chez les apprenants et ouvrir la porte à un travail de réflexion plus approfondie avec les équipes et les intervenants spécialisés. A partir de là, les interventions s’échelonneront et toucheront l’une ou l’autre classe, en fonction des sujets abordés  ( Maison des adolescents (4e et 3e) : risques autour des réseaux sociaux/ association Génération Numérique (4e, 3e, 1re année de CAP et 2ndes) : "médias et sexualité" sur les dérives autour de l’intime et de l’hyper sexualisation des adolescents sur les réseaux sociaux/ En classes de premières et terminales un atelier "image marketing" ou comment utiliser les réseaux sociaux comme un atout dans la mise en place d’une image professionnelle adaptée, avec la Chambre du Commerce et de l’Industrie du Gers.)
    Un atelier-bilan à l’attention de toutes les classes permettra de regrouper ces réflexions sur un panneau collectif et participatif dans une démarche artistique.
  • 4e temps fort : création d'un outil de communication
    Pendant les cours, les élèves de 3ème vont aborder les questions de création d'un outil de communication, de retouches d'images, de création de vidéos, de référencement, d’algorithmes, mais aussi d'identité numérique, d'e-réputation et de séparation de leur vie privée de la vie publique, ainsi que les questions de droits (auteur, image) et de recherche d'informations.
  • L'objectif final est la création d'un outil de communication en ligne sur le thème suivant : "être un adolescent en 3e de l'enseignement agricole, dans le Gers : un jeune, futur professionnel versus un jeune, (futur) citoyen". Ce travail supposera une réflexion sur l'image qu'ils souhaitent donner d'eux, en ligne.

On voit ici comment les questions de harcèlement peuvent être abordées au cœur des usages et pratiques des adolescents, travaillées en pluridisciplinarité, afin de leur permettre de prendre conscience de leur capacité à changer eux-mêmes les choses et éviter les dérives

Le dispositif "Sentinelle & référents" a été déployé dans les établissements volontaires depuis 2014 sur tout le territoire par la DGER via le Réseau RESEDA qui avait initié un partenariat avec La Ligue Française pour la santé mentale. De nombreux établissements se sont inscrits dans la mise en œuvre de cette démarche de prévention et de lutte contre les phénomènes de harcèlement, qui a pour originalité d’impliquer adultes et élèves au coude à coude dans une approche complémentaire de repérage et de soutien aux élèves harcelés.

Témoignage radio des élèves "Sentinelles" du lycée d’Auch Lavacant (32)

À l'occasion d'une journée de formation, les 22 jeunes "Élèves-sentinelles" de Lavacant ont engagé une réflexion sur les phénomènes de "bouc-émissaires". Ils ont ainsi travaillé la question grâce à des ateliers de sensibilisation à base des jeux de rôles, des exercices de mise en situation qui permettent de comprendre ce qui se passe réellement lorsqu’un élève est harcelé. Les futurs "Sentinelles" ont été amenés à comprendre qu’une situation de harcèlement implique grandement ceux qui en sont les témoins passifs et qu’il suffit bien souvent de "ne pas laisser faire par son silence" pour aider le jeune harcelé.

Leur témoignage a fait l'objet d'une émission spéciale sur ABLOC RADIO, la Webradio du lycée : http://www.ablocradio.fr/index.php/sample-page/les-programmes/faits-maison/les-emissions/

Témoignage de Cécile Breton, CPE au lycée E.Pisani de Montreuil Bellay (49)

Cécile Breton, CPE, nous explique : "Il y a 7 ans, le lycée a dû faire face à de nombreuses situations de harcèlement au sein d’une classe.  Pourtant, le lycée est un établissement de petite taille, 170 élèves, 70 % d’internes." Jusque-là, nous étions plutôt épargnés par les phénomènes de harcèlement se souvient Cécile Breton, CPE. Nous avons alors réfléchi à mettre en place des actions permettant de prévenir le harcèlement et non plus le subir afin de cesser de et jouer le rôle de "pompiers" une fois que l’incendie s’était déclaré.

Le Réseau RESEDA proposait à l’époque, la formation de Sentinelles/Référents animée par le pôle "Discriminations Violence Santé" de la Ligue Française pour la Santé mentale.  Durant cette formation, apprenants et adultes sont sur le même pied d’égalité. Ceci est très enrichissant et il est rare de se trouver dans ce genre de situation. Les échanges sont fructueux et au fur et à mesure, le groupe se forme, des liens se créent.

Depuis, tous les 2 ans, nous formons de nouvelles sentinelles et référents. Les élèves de Secondes et de Première peuvent postuler afin de profiter de leur présence au lycée sur 3 et 2 ans. Tous les membres du personnel peuvent s’y engager. Actuellement, des agents de service, des secrétaires, des AE, des enseignants sont référents et cette mixité est très enrichissante dans le croisement des regards sur les situations abordées.

Les Sentinelles sont donc investies d’une double mission. Tout d’abord en direction de la personne harcelée : il s’agit d’aller vers elle, de ne pas la laisser seule.  Il est en effet indispensable pour une personne harcelée, rabaissée, de sentir qu’elle n’est pas complètement seul et qu’elle est reconnue dans sa souffrance. Mais dans le même temps, les Sentinelles essaient d’agir sur les sur les témoins passifs, qui sont dans le déni de la violence faite à la victime, en leur faisant reconnaître la souffrance du harcelé. Il s’agit de leur faire prendre conscience du rôle important qu’ils occupent dans le mécanisme du harcèlement en ne contredisant pas le harceleur, voire même qu’il le conforte dans son action en ne s’opposant pas à lui. 

Par contre l’élève Sentinelle ne doit en aucun cas se tourner vers le harceleur, c’est aux référents de s’en préoccuper. Un harceleur est une personne qui peut être ou avoir été en souffrance. Souvent lorsque nous les interrogeons, ils répondent que dans une scolarité antérieure, ils ont été victimes de harcèlement. Leurs souffrances et leur statut de victime n’ont pas été reconnus. Envisager de les exclure de l’établissement n’est absolument pas une solution. Les référents sont bien entendu des interlocuteurs pour les élèves harcelés. Mais souvent dans un premier temps les élèves préfèrent parler à leurs pairs.

 Pour les référents, ce gain de temps dans le repérage des situations problématiques est l’atout majeur de ce dispositif.

En début d’année, plus particulièrement, certains élèves ont des difficultés à nouer des liens avec leurs camarades. Les Sentinelles vont les inviter à s’installer à leur table au réfectoire.

Des internes ont du mal à accepter l’internat, l’éloignement avec leur famille leur pèse. Les Sentinelles vont aller leur parler de leur expérience à leur arrivée et vont les rassurer.

Il est important de souligner que les Sentinelles ne sont pas vus comme des "balances" mais comme des aides auprès de leurs pairs, comme des tuteurs sur lesquels les uns et les autres peuvent s’appuyer, se confier. 

Il est primordial de communiquer sur le rôle et les missions des Sentinelles au sein du lycée notamment auprès des nouveaux élèves. Alors, des actions de partage d’activité autour du vivre ensemble sont organisées tout au long de l’année. Nous communiquons également auprès des familles lors des Portes ouvertes et nous mettons dans les dossiers d’inscription une plaquette présentant le dispositif.

Notre autorité académique valorise ces élèves par la mise en place de badges de compétences.  Leur implication est valorisée au sein de l’établissement par une mention inscrite dans le bulletin trimestriel. Les élèves mentionnent ce rôle dans leur CV et lors d’entretien pour concours ou emploi, ils sont régulièrement questionnés à ce sujet.

Chaque année, ces actions sont reconduites et bien inscrites dans le projet d’établissement. Le financement de ces actions se fait sur le budget de l’établissement. Cela démontre l’engagement de la direction pour ce dispositif.

Le climat scolaire au sein du lycée est plus serein depuis que le dispositif est mis en place. Apprenants et adultes travaillent ensemble, les projets ne sont plus simplement faits pour les élèves mais surtout avec eux. Chaque composante ne se sent plus seule, parfois isolée pour régler les problèmes de harcèlement ou organiser des actions.  Certains élèves Sentinelles culpabilisaient avant, notamment au collège car ne savaient pas réagir face à des situations de harcèlement. Le regard bienveillant porté par les Sentinelles rejaillit sur l’ensemble et certains jouent ce rôle sans en avoir le titre. Le dispositif est bien installé dans le lycée, connu de toutes et tous et nous avons la volonté de le poursuivre et de l’enrichir par de nouvelles actions générées par les réflexions du collectif."

Slam réalisé en 2016 dans le cadre d’un atelier musique au Lycée agricole de la Thiérache (02)

Texte : Jonathan à partir de son expérience de victime d’un harcèlement quand il était en classe de 3e
Compositeur et interprète : Jonathan
Musique : Thomas à la batterie, Yann à la basse et Christophe DESAINDES (enseignant ESC) à la guitare

Télécharger le fichier (MP3, 5 Mo)

Carte des établissements